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Rudolf Steiner :
Le bon sens et la compréhension des enfants pour guides


Milk - Mars 2008
Dossier : L'école autrement

 

Rudolf Steiner, après de solides études dans des matières aussi diverses que les mathématiques, les sciences, la philosophie ou la littérature, pense à la fondation d'une école pour la première fois en 1919, à la demande du directeur de l'usine Waldorf-Astoria, Émile Molt, pour les enfants d'ouvriers. Devant une assemblée d'ouvriers plutôt hostile à ce « philosophe social », il évoque pour la première fois l'idée d'une école comprenant douze années, accessible à tous, indépendamment de l'origine sociale. Son dessein: mettre en place un système global d'éducation où « le futur menuisier (...) et le futur professeur seront sur le même banc d'école». Il gagne ainsi le coeur de son auditoire, en proposant une solution aux problèmes d'éducation d'après-guerre dans les milieux ouvriers. Steiner passera alors le temps qui le sépare de la rentrée à recruter les professeurs, trouver des locaux pour son école...

 

Apprendre dans la liberté et l'harmonie

La pédagogie Steiner est fortement empreinte de la philosophie de son fondateur, à l'origine du mouvement « anthroposophique ». Elle est fondée sur la liberté de l'homme, l'idée qu'un enfant aimé, compris et à qui l'on fait confiance est un enfant qui aura acquis la sérénité et la force nécessaires pour avancer dans la vie. Lorsqu'on lit des écrits, que l'on entend parler de la pédagogie Steiner, il ressort, d'une part, que l'élève n'est pas un numéro dans une classe mais un individu doté de qualités, de défauts, d'envies avec lesquels il faut compter pour l'élever, d'autre part, qu'une grande place doit être accordée aux activités manuelles et artistiques: le développement de l'être humain ne se limite pas à son intellect. Le respect du rythme biologique est toujours à l'esprit des pédagogues Steiner: les emplois du temps découlent de ce rythme et non l'inverse. Le matin est propice à la réception, l'apprentissage, l'après-midi à l'action, la création. La prise en compte de l'individu gouverne toute la méthode de Rudolf Steiner, qui étonna à l'époque en donnant des conseils considérés parfois comme farfelus mais en réalité fondés sur le bon sens et la compréhension très fine de chaque enfant. Pour exemple: un professeur décrivit à Rudolf Steiner les difficultés qu'il rencontrait avec un élève indiscipliné et bavard, vivant dans des conditions familiales lamentables. Steiner lui conseilla de poser à ce garçon pendant plusieurs semaines une question à laquelle il ne devrait répondre que le lendemain. Le garçon reprit confiance en lui et s'améliora considérablement.

Il est difficile d'énoncer des préceptes de la pédagogie Steiner car celle-ci est profondément conditionnée par le terrain, c'est-à-dire les enfants… l'enfant.

 

Les écoles Steiner-Waldorf aujourd'hui

On compte en France une vingtaine d'écoles Steiner-Waldorf, de la maternelle à la première, (voire terminale). Ces écoles sont privées, non confessionnelles et hors contrat, sauf les deux écoles de la banlieue parisienne (Verrières-le-Buisson et Chatou) qui sont sous contrat d'association.

Ces écoles puisent leur raison d'être dans une affirmation: « la transmission des savoirs ne suffit pas», et une règle: « croire en chaque enfant ». Ces écoles forment des enfants en capacité de donner eux-mêmes un sens à leur vie. Une grande spiritualité - j'insiste sur la définition de ce dernier mot qui pourrait prêter à confusion: « qualité de ce qui est dégagé de toute matérialité » - émane de cette pédagogie qui prend chaque enfant pour ce qu'il est, sans chercher à renier une partie de sa personnalité, et qui l'aide à se connaître pour mieux affronter la vie.

Violaine Belle-Croix

 

Souvenirs d'école : Anne Willi, une ancienne de Steiner

Styliste de talent, maman épanouie, Anne est résolument une femme bien dans ses pompes. Au fil nos discussions, je découvre que madame Willi a suivi l'école Steiner-Waldorf. Ce qui m'a de prime abord étonnée, c'est la façon dont Anne parle de ses souvenirs d'école. Moi, franchement à part récré, les copains et la gym, mes souvenirs c'est plutôt moins vingt en dictée et la bulle en maths. Anne, ce sont des souvenirs de liberté, d'avoir été comprise, écoutée, des souvenirs de coupage, collage, créations diverses et variées... aucune pointe d'angoisse ou d'anxiété ne ternit ses souvenirs. Pas de redoublement, pas de compétition, pas de stress, la même classe chaque année - ses voisins de classe sont aujourd'hui comme des frères et soeurs. Le jour où elle décide de tout lâcher pour faire ce qu'elle a toujours voulu taire - styliste - Anne s'entend répondre par son professeur: « Lorsque tu exerceras ton métier il faudra que tu donnes;  aujourd'hui tu es là pour recevoir.., alors profite ». Bref, son témoignage me conquiert, et je me plonge dans la pédagogie Steiner pour savoir comment on rassemble les souvenirs d'école d'Anne, et non ceux de Daniel Pennac  !


© Milk - Mars 2008


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