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L’école Steiner-Waldorf : là où la créativité est reine

L'Enfant et la Vie
Janvier - Février - Mars 2008 - N° 153

 

Avec deux cent cinquante mille enfants concernés dans soixante pays, sans compter les mille sept cents jardins d'enfants existants, les écoles Steiner-Waldorf sont bien présentes dans des établissements où sont repêchés les enfants en difficulté en Allemagne ou dans les pays du nord de l'Europe, mais aussi dans les favelas de São Paulo ou les bidonvilles d'Afrique du Sud. En France, ce sont deux mille trois cents élèves concernés qui sont scolarisés dans vingt et une écoles, de la maternelle à la terminale.
Faisons connaissance avec la pédagogie Steiner-Waldorf dont nos enfants gagneraient tant à ce qu'elle soit honorée et diffusée largement.

 

Qu’est-ce qu’une école Steiner-Waldorf ?

Une école Steiner-Waldorf naît de la volonté des parents et des enseignants. Ils sont ensemble cogestionnaires de l'école.

Connaissances, formation artistique, formation manuelle au service du développement de la volonté et de l'esprit d'initiative, exercice précoce des langues étrangères, tout cela est proposé avec le souci d'une formation à la vie par la vie. Ces écoles ont un plan scolaire propre, certaines sont sous contrat d'association et composent avec les programmes officiels. Elles affichent 85 % de réussite au Bac, ce qui ne les empêche pas « d'apprendre en faisant » car selon Rudolf Steiner, pédagogue autrichien du siècle dernier et fondateur du courant Steiner-Waldorf (nom du lieu où s'est implantée la première école): « Travailler avec ses mains aide à penser, et conduit à l'abstraction ». Jacques Dallé, délégué général de la Fédération des écoles Steiner-Waldorf en France, souligne, à propos de la formation des enseignants, que si la pédagogie Steiner-Waldorf requiert des professeurs un évident travail sur soi approfondi et continu, ceux-ci ne sont pas pour autant obligés d'adhérer à la Société anthroposophique; par contre, ils travaillent à partir des fondements anthropologiques pédagogiques développés par Rudolf Steiner.

 

Combien coûte la scolarité ?

En France, c'est grâce à l'engagement de professeurs qui consentent à un salaire avoisinant le Smic que le coût de scolarité mensuel peut être rapporté à 250/300 euros. Actuellement deux écoles SteinerWaldorf sont sous contrat d'État, permettant un salaire un rien supérieur.

Jacques Dallé : « Nous mériterions d'être aidés sous la forme d'un conventionnement original dans lequel les impôts des contribuables seraient reversés aussi vers les écoles novatrices comme c'est le cas en Allemagne où les Lander (régions) subventionnent à hauteur de 30 à 60 % les écoles.

Je rêve qu'il y ait davantage d'enfants de toutes les couleurs, toutes les origines, tous les milieux sociaux dans nos écoles. Nous ne sommes pas une école élitiste et nous tenons fortement à ce qu'un réseau de solidarité y existe. »

En effet, ce sont les fêtes, les journées portes ouvertes, quelques subventions associatives, qui viennent baisser les frais de scolarité ou donnent un coup de pouce à quelques familles très motivées, mais sans budget suffisant pour y accéder.

Échange avec Jacques Dallé

 

Qu’est-ce que l’anthroposophie ?

L'explication toute simple extraite du dossier : "Apprendre autrement" réalisé par Céline Durr nous vient de Jean-Marie Pelt, professeur de biologie végétale à l'université de Metz. Son éclairage permet de saisir le sens de ce terme parfois mal interprété par les détracteurs de l'école alternative ou par des personnes qui en parlent sans connaître le sujet.

« L'anthroposophie, c'est une sagesse humaine fondée sur une bonne connaissance de la nature et sur une capacité de l'apprivoiser pour cheminer avec elle dans de bonnes relations. »  C'est ce même esprit qui anime la biodynamie dans le domaine agricole: « C'est très vitaliste comme courant. On s'inscrit dans les mouvements de la vie et on joue avec les mouvements de la vie et on n'imprègne pas, sur la vie, des modèles intellectuels qui sont fabriqués par ailleurs. »

 

J'ai connu la pédagogie Steiner

À travers les trois ans que mon fils y a passés en collège et lycée à l'école de Sorgues dans le Vaucluse, il était hébergé en famille d'accueil puisque nous habitions à plus de deux heures de route.

Ce qui m'a le plus frappée :

  • L'art et les travaux manuels transcendent toute l'éducation, toutes les matières : un cours de maths peut commencer par un poème !
  • Le beau est cultivé sous toutes ses formes.
  • Le but n'est surtout pas "d'emplir de connaissances une outre vide" mais d'aider l'enfant à révéler ses dons, capacités, envies, ce qu'il fait dans ce monde et ce que le monde peut attendre de lui. En fait, l'enfant découvre en lui-même ce qu'il veut devenir.

À cet effet, l'enseignement est adapté en fonction des transformations physiques, physiologiques et psychologiques des différents âges de l'élève selon les théories de Rudolf Steiner. À cet effet, les professeurs se positionnent en tant que chercheurs auprès des élèves et peuvent tout à fait reconnaître des compétences ou des connaissances chez un élève qu'eux ne possèdent pas...

La recherche continuelle de "sens" dans tout ce qui est fait, décidé, discuté est extrêmement nourrissante" et riche. Toute réunion démarre par un recentrage du but commun poursuivi.

En fin de troisième et en fin de scolarité, chaque élève présente un projet art et/ou technique personnel préparé en dehors du temps scolaire durant huit mois. Ce dernier projet est appelé "chef-d'oeuvre" à l'image du chef-d'oeuvre des compagnons du bâtiment. Création d'un objet, réalisation d'un projet : voyage, livre, montage d'une association, représentation scénique... La diversité est énorme, à l'image de la diversité des enfants, puisque cela vient vraiment d'eux-mêmes. Ce sont de grands moments très émouvants, attendus et inoubliables...

Bien entendu chacun trouvera de larges imperfections dans cette pédagogie (personnellement je n'adhère pas à toutes les théories de Steiner !) qui ne convient ni à tous les élèves ni à tous les parents.
Cependant pour lui et pour nous, le mot qui résume ces trois ans, c'est "enthousiasme" !

Ghislaine Guignier, parent d'élève

© L'Enfant et la Vie 2008


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