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Accueillir chaque enfant comme une personne unique |
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| L'école autrement Avantages Mars 2002 L'école en France ne manque pas d'innovations, d'initiatives originales qui font des élèves performants en même temps qu'épanouis. Ces écoles "différentes" ont, de nouveau, le vent en poupe, et peuvent être une planche de salut pour des élèves en difficulté. Leurs méthodes, élaborées par de grands pédagogues du début du siècle dernier, inspirent les actuelles réformes de Jack Lang. Ces écoles suscitent souvent de la méfiance et des controverses passionnées. Loin des jugements excessifs, nous avons fait le point sur les grands courants. Pourquoi ne pas aller à une journée "portes ouvertes" d'une école alternative, s'il y en a une près de chez vous ? École publique laïque. Écoles privées catholiques. Entre ces deux bastions, il existe quelques grains de sable: une quarantaine d'écoles Montessori, une vingtaine d'écoles Steiner, des écoles Freinet, et d'autres, indépendantes. Certes, ces écoles-là ne peuvent pas faire de miracle si un enfant a des années de lacunes derrière lui. Mais elles peuvent en repêcher certains, grâce à leurs méthodes originales, concernant en particulier, les apprentissages de base, lire, écrire compter. Dans ces établissements, on embarque généralement à long terme, les méthodes portant leurs fruits sur la durée. On s'y adapte à chaque enfant, individuellement, les petits effectifs le permettant. Tout en privilégiant le bonheur d'apprendre, ces établissements obtiennent des résultats. L'enseignement tel que nous le rêvons, en fait, tout en continuant à mettre chaque matin nos enfants sur les bancs d'une école souvent obsolète. Pourtant, ces Montessori, Freinet et autres ne sont pas des lieux d'élite pour gosses de riches ou d'intellectuels. La scolarité n'y est pas forcément hors de prix, et arrêtons de penser que les élèves qui en sortent, en 6è ou en 2nde, ne peuvent plus s'adapter à l'enseignement traditionnel. Les responsables des écoles parallèles ne sont pas idiots, et ce n'est pas leur intérêt de former des élèves qui seront marginalisés ailleurs. Les jeunes qui en viennent sont en général bien dans leur peau, et particulièrement communicants, ce qui est déjà un atout pour réussir. Bernard, machiniste de théâtre, et Brigitte, informaticienne, ont mis leurs enfants, 6 et 11 ans, dans une Ecole Steiner à Chatou (78), parce qu'ils n'étaient pas satisfaits de l'école classique, et ils ne regrettent pas d'avoir choisi l'Ecole Perceval de Chatou: "Les enfants qui sont ici se font remarquer ailleurs parce qu'ils savent des choses que les autres ne savent pas, ils ont une culture large, dit Bernard, ils sont capables de s'adapter à toutes les situations, ils ont confiance en eux ". Nous sommes allés visiter cette école.Une main agile mène à une pensée éveillée Un garçon de 14 ans à la machine à coudre pique la chemise qu'il s'est lui même taillée. Plutôt fier de lui. Un autre est penché sur le patron de son short, qu'il épingle au tissu, aidé de sa prof. C'est un cours de couture au Collège Perceval en 8è classe (l'équivalent de notre quatrième). Cette école, qui accueille les jeunes du Jardin d'Enfants (Maternelle) à la Terminale est sous contrat d'association avec l'Etat, elle suit donc les programmes officiels, et affiche 85 % de réussite au Bac. C'est qu'ici, on apprend en faisant. Selon Rudolf Steiner, pédagogue autrichien du début du siècle dernier, travailler avec ses mains aide à penser, et conduit à l'abstraction. Les ergothérapeutes ne cherchent pas autre chose avec les personnes âgées, à qui ils font pratiquer le travail manuel pour qu'elles continuent à réfléchir. "Pour travailler sur un patron, commente le professeur de couture, il faut être logique, faire preuve d'analyse et de synthèse, savoir anticiper, et il faut que le résultat corresponde à ce que vous avez pensé." Les profs des écoles Steiner misent sur ce fil invisible entre la tête et les mains. D'où l'importance des matières artistiques et manuelles, sculpture, tissage, musique, théâtre, qui sont bien plus que de "l'amusette". Tous les enfants s'y découvrent quelque talent à développer, et ces disciplines font partie de "l'éducation globale" préconisée par les 780 écoles Steiner du monde, où l'on cultive tous les aspects de l'être: le corps, l'esprit; le social, le pratique, l'artistique. La 2ème classe, (niveau CE2), est en train d'apprendre les tables de multiplication en frappant dans les mains, et dans la salle à côté, le maître a réalisé une chorégraphie sur les fractions, que les enfants dansent et chantent au rythme du tambourin! Car ce qui passe par le corps reste mieux dans la mémoire. On retient mieux aussi si on voit le sens de ce qu'on apprend. À l'école Perceval, se pratique le décloisonnement entre les disciplines: la leçon sur les Celtes en Histoire amène à faire de la mythologie, de la philosophie, de la géométrie (les Celtes ont savamment travaillé sur les entrelacs). À l'Atelier du bois, Thomas, 10 ans, fabrique un écureuil casse-noisettes. Pour l'aider à concevoir le levier qui servira à casser la noisette, le professeur lui rappelle son cours de physique. Autre originalité de la maison, l'enseignement, du primaire à la Terminale, est ponctué de "périodes" de 3 semaines consécutives, concentrées sur la même matière, à raison de 2 heures par jour. Les matières fondamentales, Français, maths, histoire en sont moins "saucissonnées". Chaque "période" fait l'objet d'un cahier de période que réalise chaque élève. Voilà bouclé celui sur la guerre de 100 ans. Ici, il y a très peu de livres scolaires, et profs et élèves constituent leurs propres manuels. Dès 1919, date de création de la première école, les apprentissages étaient ouverts sur la société et la vie. Les élèves Steiner effectuent plusieurs stages en entreprise, un stage forestier de 2 semaines en 3è,un stage agricole en 2nde, en 1ère, un stage dans le social ou l'Industrie, en Terminale, un voyage culturel ou artistique. Et leurs enseignants vont les voir sur les lieux de stage. Depuis 1919 aussi, on apprend les langues vivantes dès 7 ans.Dans cette bâtisse entourée d'arbres qui ressemble à une maison de conte de fées, règne une atmosphère à la fois joyeuse et appliquée. Au "Jardin d'Enfants" (la Maternelle), avec ses espaces tout en rondeur, les petits fabriquent des marionnettes, lapins et moutons avec de la laine non cardée, qu'ils vont ensuite mettre en scène avec leur "jardinière". Côté primaire, chaque salle de classe est décorée et peinte dans uns couleur dominante, les couleurs devenant plus froides au fur et à mesure que l'on monte en âge et en niveau, et que le développement de l'enfant se polarise sur le cérébral. La classe niveau CP est rose, celle de CM1 verte, celle de CM2 bleue. Ambiance on ne peut plus familiale. Le maître finit par connaître ses élèves par c?ur, car pendant les 8 premières années de scolarité, chaque classe est confiée à un même instituteur, qui la suit d'une année sur l'autre, et joue un rôle de tuteur: "Cela évite de perdre à chaque rentrée plusieurs semaines à faire connaissance avec les élèves, dit l'un d'eux". Et cela permet de bien suivre chaque enfant. Trouver pour chacun un terrain de réussite Ici on ne laisse aucun d'eux terminer son primaire sans savoir parfaitement lire. Le petit effectif des classes (une trentaine d'élèves maximum en CP, une quinzaine en 1ère ou en Terminale) génère des rapports particuliers entre élèves et professeurs, sans froideur, mais avec la distance juste. Les profs déjeunent avec les enfants, ils se saluent le matin en se serrant la main. Et les élèves osent dire ce qu'ils pensent à l'enseignant, ce qui ne signifie pas un régime antiautoritaire. Humaniste plutôt. Au sens où on accueille chaque enfant comme une personne unique. "Il ne s'agit pas de recevoir de l'école une formation achevée, disait Steiner, mais de s'y préparer à la recevoir de la vie". Justement, nous avons sous les yeux une application du principe, au cours de sculpture. Céline a presque fini de façonner un plumier en bois, quand elle tombe sur un nud dans le bois. Ce n'est plus la peine d'insister, le travail est désormais impossible. Tout coup de gouge supplémentaire fendrait la sculpture. Dépitée, elle est contrainte d'abandonner l'ouvrage d'un trimestre, et de recommencer à zéro, alors que ses camarades ont presque terminé le leur. Mais le prof est là pour accompagner l'échec, vaincre son découragement, éventuellement sa jalousie vis-à-vis des autres. Lui apprendre à surmonter les petites épreuves de l'existence.Ils vivent ici en famille, comme des cousins La pédagogie Steiner est fondée sur l'"anthroposophie", une conception spiritualiste des rapports de l'homme et de l'univers. Mais ca ne "plane" pas le moins du monde ici. Il y a de la rigueur dans l'air, et si on ne met pas de notes avant la XX, les élèves sont évalués précisément par des appréciations, et comme partout, ils ont devoirs sur table, brevets et Bac blancs. Alors heureux, les enfants de Perceval ? Vincent, 14 ans, qui vient d'un collège traditionnel, y vit sa première année " Ici, j'ai beaucoup plus envie d'aller à l'école et d'apprendre, répond-il, mais je trouve qu'on s'occupe trop de notre personnalité!" Isabelle Ablard, professeur de Français qui fait partie du Collège de direction de l'école, a du répondant: "Il est sûr que nous ne laissons pas les ados mariner dans leur jus d'ado!" Thomas aurait également une critique à émettre: "C'est bien ici ,mais il faut être 100% pour, avec, et dans l'école". À quoi Isabelle Ablard répond: "C'est vrai que nous vivons ensemble beaucoup de fêtes, de voyages et que toutes les activités périscolaires sont possibles ici. Ce qui peut donner l'impression que "Perceval" se veut autosuffisante. Mais notre but n'est pas que les enfants restent en vase clos, au contraire, nous les engageons à aller vivre des activités ailleurs". 90 % des parents d'élèves environ ont choisi "Perceval" pour sa pédagogie. 10 à 15 % d'entre eux y ont mis leurs enfants par commodité géographique, ou parce que ceux-ci étaient en échec ou en malaise ailleurs (et cette moyenne reflète globalement les motivations dans les autres écoles différentes). Auprès des élèves en difficulté, la pédagogie Steiner, a particulièrement fait ses preuves. Il existe des Ecoles Steiner dans les "favellas" de Sao Paulo et les bidonvilles d'Afrique du Sud, financées par la solidarité internationale, et en Allemagne, on trouve des écoles Steiner spéciales pour les élèves en échec. Et si on essayait leurs méthodes dans nos ZEP ? En attendant, les ados de 1ère répètent avec l'orchestre de l'école l'opérette "La Fille de Madame Angot", qu'ils vont jouer en fin de trimestre et qu'ils présenteront ensuite en tournée, pendant une semaine, dans d' autres Ecoles Steiner en France. Prêts ensuite à mettre des bouchées doubles pour préparer le Bac de Français.
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