Accueillir chaque enfant
comme une personne unique
Accueil  |  Actualité  |  La pédagogie Waldorf  |  Témoignages  |  Formation des enseignants
et si on parlait d'Art ?


Univers des Arts n° 57
Décembre 2001

Une enfance en... Art
Comme dit le proverbe, « il vaut mieux tard que jamais » ! Ces temps-ci en effet, l'état semble prendre conscience soudainement de la faiblesse de l'enseignement artistique dans les écoles primaires, les lycées et les collèges. Il s'agit maintenant de voir si cette prise de conscience subite peut correspondre réellement aux besoins de nos enfants.
Le ministre de la culture lance “un plan de cinq ans” pour le développement des arts et de la culture à l'école.
Voici donc, en vrac, un certain nombre de bonnes nouvelles :
« Les artistes sont au cœur du programme »
« Les classes à PAC (classe à projet artistique et culturel) seront l'occasion d'aborder une multitude de matières autour d'un projet commun »
« Un objectif de 2 000 classes à PAC au cours de l'année 2001-2002 »
« Le Plan met l'accent sur la formation des enseignants dont la dimension culturelle sera renforcée, afin que chacun devienne un passeur d'enthousiasme et de sens pour les arts et la culture. »
« Le plan doit placer la culture et l'art au cœur du système éducatif. »
« Il convient que chacun puisse développer de façon harmonieuse son intelligence rationnelle et son intelligente sensible. »
« Dorénavant la dimension artistique culturelle sera davantage prise en compte dans la formation dispensée aux futurs enseignants dans les IUFM. Au-delà de la formation d'une formation de base pour tous, ils pourront approfondir et perfectionner leurs connaissances en choisissant une dominante “arts”. »
Bref, on a le souffle coupé ! Une véritable révolution s'annonce, et nous saluons ce bel effort de l'état qui semble enfin mettre de véritables moyens en œuvre.
Pourtant, débarquer ainsi, comme la cavalerie, dans un système d'éducation solidement ancré dans ses traditions cartésiennes, peut sembler périlleux. Un danger peut en effet venir de cette révélation tardive, car vouloir superposer une vision contemporaine et politique de l'art sur un enseignement enfoncé dans ces mécanismes basés à 90% sur une activité mentale qui s'apparente le plus souvent à un véritable “bourrage de crane”, peut relever de l'exploit.
Si les interventions d'artistes “reconnus”, (mais lesquels ?), pourront d'avérer utiles pour déclencher des prises de consciences, et faire connaître les réalités d'un parcours artistiques, il ne faut pas que ces apparitions empêchent la mise en place d'un enseignement de fond qui prendrait en compte la réalité psychologique et sensible de l'enfant, et non pas uniquement une “vision” culturelle émanant d'un ministère, séduisante pour une certaine “intelligentsia” en place, même remplie des meilleures intentions du monde…
Enseigner l'art, ce n'est pas tenter de caler quelques heures “d'expression plastiques”, ou des visites de musées entre des cours de mathématiques et de français, ni d'amener des peintres contemporains, plus ou moins pédagogues à faire des exposés rapides sur leur travail.
Enseigner l'art, c'est développer une “attitude” artistique générale qui doit s'étendre dans toutes les matières, c'est insuffler un “état d'esprit” où l'âme des enfants seraient stimulée, leur nature individuelle respectée, écoutée, encouragée, et permettre une ouverture qui devrait se situer au-delà du “moral”, du “politique” ou du “culturel”.
Ce serait former des professeurs, certes, mais pour qu'ils deviennent eux-mêmes “artistes”, créateur de leur propre enseignement, passionnés au point que leur métier devienne un don, un art…
Le but n'étant pas, bien sûr, de former à tout prix de futurs artistes, mais de leur permettre d'épanouir les potentialités créatives que tous possèdent dans la petite enfance, dans une liberté qui ne subisse ni une doctrine “politique culturelle étatique”, ni un soi-disant pluralisme confus, sujet à toutes les décadences.
Ainsi on peut se poser certaines questions simples :
L'artiste aussi brillant soit-il, se révélerait-il bon pédagogue ?
Quels seront les artistes choisis pour former les enseignants ?
Quels seront les critères de qualification pour définir le statut de vrai artiste,
Quelle sera la capacité d'ouverture des enseignants par rapport à ce monde artistique peu disposé, le plus souvent à suivre les normes académiques ?
Tout artiste sera-t-il un modèle à suivre ?
Pour résumer, comment concilier et mettre en rapport un système basé sur une discipline mentale, et des univers hétéroclites, rebelles et individualistes ?
Malgré toutes les bonnes volontés du monde, et l'effort du gouvernement en témoigne, il risque d'y avoir le plus souvent confrontation plutôt que rencontre, hélas.
Il serait donc utile, dans ces temps de remise en question, de faire appel à ceux qui, (et cela le Plan de cinq ans n'en fait malheureusement pas mention) depuis de longues années, dans le silence et l'anonymat, avaient déjà commencer cette révolution de l'enseignement de l'art.
Citons comme exemple, parmi d'autres, les écoles Steiner, avec 800 écoles à travers le monde.
La pédagogie de cette école fondée par Rudolf Steiner, a pour devise “accueillir chaque enfant comme une personne unique”.
Son système basé sur l'autonomie de chaque établissement, fonctionne sur le mode associatif (loi 1901) et s'organise autour d'un collège de professeurs en tenant compte du contexte social et culturel de chaque pays.
Cela entraîne une plus grande responsabilité vis-à-vis des tutelles économiques et pédagogiques, et une administration assumée par les professeurs et les parents d'élèves eux-mêmes.
Fils d'un employé du chemin de fer, Rudolf Steiner, esprit brillant, admirateur et traducteur de Goethe, publie en 1894 son livre majeur “la philosophie de la liberté”, et crée un mouvement “l'antroposophie” en 1900 dont l'esprit général a pour but la connaissance de l'être humain dans tous ces aspects, à la fois sociaux, scientifiques et spirituels.
De nombreuses applications on vu le jour tant en art qu'en économie ou en agriculture.
Après la guerre, (en 1919), le patron des usines de cigarettes Waldorf (Autriche) fait appel à lui pour fonder une école pour les enfants de ses ouvriers.
Il construit ensuite une université, le gothéanum ?, près de Bale en Suisse pour la formation des professeurs et développe les bases d'une éducation ?à la lumière de la science spirituelle?.
Il voit dans l'éducation non pas seulement une science mais un art.
Pour les écoles, “toutes les innovations, toutes les œuvres d'art sont le fruit d'impulsions individuelles, trouvant leur expression dans la société”.
Mais l'éclosion des facultés individuelles dépendent du soin qu'elles reçoivent des éducateurs. La tâche la plus importante de ces derniers est d'aider les enfants à développer leurs dons personnels et à les rendre féconds. Elle ne consiste pas à assurer la pérennité d'un système de développement économique et technique planifié à l'extrême.
Proposons donc pour être constructif, au ministère de l'Education nationale, de faire plus souvent appel, pour mettre en place ses projets, à des enseignants formés de longue date à l'éducation de l'art à l'école.
Car l'enseignement de l'art, ou plutôt l'art de l'enseignement est d'une actualité toujours urgente pour la construction d'un avenir riche de créativité et de liberté.
Car sinon, et pour paraphraser un grand auteur libre de notre temps : “c'est un peu dans chaque enfant, l'art qu'on assassine…”
Pour tout renseignements sur le Plan pour les arts et la culture à l'école :
"la mission de l'éducation artistique et de l'action culturelle"
173, bd Saint-Germain - 75006 Paris


par Françoise Céligny


Cliquez votre région


Les Sens de la Rencontre