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Accueillir chaque enfant comme une personne unique |
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Vietnam Lentement, les parents perçoivent les changements L’automne 2002 avait vu l’ouverture du premier jardin d’enfants d’Ho-Chi-Minh-Ville, suivi un an plus tard par la création du jardin d’enfants de Than Lan (belle orchidée), à 30 km au nord de la capitale. Les témoignage de Thanh Cherry, qui suit ces deux structures de manière régulière, décrit les premiers pas de la pédagogie Waldorf au Vietnam. Le chauffeur de taxi jette un coup d’œil rapide sur sa carte et reprend les chemins cahotants qui sillonnent le district de Cu Chi. Il s’arrête devant une petite villa aux murs roses avec un porche fleuri. Je proteste : « Nous nous sommes trompés, pouvez-vous sonner et demander le bon chemin ? » Il s’exécute, mais peu de temps après, c’est Lan, la jardinière d’enfants, qui ouvre la porte de la villa, le sourire aux lèvres. Lors de ma dernière visite, cinq mois plus tôt, le mur n’existait pas, ni le porche fleuri. Je note aussi tout de suite combien l’ambiance, belle et chaleureuse, a changé. Je me rappelle les premiers mois qui ont suivi l’ouverture du jardin d’enfants, les pleurs des petits enfants… Leurs mamans leur manquaient ; ils sentaient aussi l’inquiétude de leurs parents. Qu’était-ce donc que ce jardin d’enfants étrange avec ses jolis murs peints en rose, ses meubles en bois au charme ancien, ses jouets en matière naturelle si différents de ceux en plastique que l’on trouve dans les magasins et les autres jardins d’enfants ? Les jardinières d’enfants, pleines d’empathie, ne touchaient presque pas de salaire comparé à leurs autres collègues. C’était d’ailleurs seulement grâce à cela que les parents pauvres pouvaient y amener leurs enfants ! Mais où était la faille comment pouvait-on être si généreux, sans contrepartie ? Lan ne s’est pas laissée troubler. Elle avait une expérience professionnelle de 25 ans derrière elle et un cœur en or. Soutenue par sa collègue Thanh (et par une autre Thanh, la cuisinière du jardin d’enfants), elle s’est occupée des enfants avec calme et amour, elle les a serrés dans ses bras, essuyé leurs larmes, leur a chanté des chansons. Lentement, les enfants se sont rassemblés en cercle autour d’elle et ont commencé à chanter timidement tout en essayant d’imitant le jeu de ses doigts. Quel scène émouvante ! Les visages encore baignés de larmes, les enfants levaient leurs yeux pour regarder les lèvres de Thanh, puis les baissaient de nouveau pour regarder ses mains, leurs propres mains qui essayaient de faire les mêmes gestes… Je n’ai que peu de temps pour rappeler tous ces souvenirs à ma mémoire car déjà les enfants me reconnaissent. « Tante Thanh, Tante Thanh ! ». s’exclament-ils ; ils se précipitent vers moi et se blottissent dans mes bras. Ils viennent juste de terminer leur petit-déjeuner. Maintenant, ils rangent leurs chaussons dans l’entrée et, après avoir mis leur chapeau de soleil, ils se dirigent dans des cris de joie vers le bac à sable, les balançoires et le toboggan. Le petit terrain est abrité par trois jacquiers chargés de fruits aux couleurs vert et or. Pour les enfants, il n’y rien de meilleur que ce fruit au cœur doré lorsqu’il est à maturité. Little Vu, qui souffrait il y a six mois encore d’une terrible maladie de peau et devait être douchée cinq fois par jour, est guérie et heureuse. Elle joue tout le temps avec le sable qu’elle met à pleines pelletées dans un seau pour le mélanger ensuite avec de l’eau ; elle le malaxe, le triture et fabrique ainsi douze formes en sable sous la véranda. Deux autres fillettes, dont les chapeaux s’enfoncent presque jusqu’aux yeux, se sont installées bras dessus bras dessous sur la balançoire. Lan se met derrière elles, arrangent leurs chapeaux et les poussent légèrement des gloussements joyeux se font entendre… Une petite fille âgée de cinq ans environ vient s’asseoir tristement près de moi. Je lui demande pourquoi elle ne joue pas. « Ma maman me manque », dit-elle. Nous restons ainsi assises, main dans la main, sous les arbres. Plus tard, Lan me raconte que la fillette vit avec elle au jardin d’enfants. Son père est parti un jour sans donner de nouvelles et sa mère, qui vend des légumes dans une contrée éloignée, ne vient la chercher que pour le week-end. Or, nous sommes lundi. Les conditions de vie et les traditions culturelles permettent une grande flexibilité du temps. Bien que le jardin d’enfants ouvre officiellement à 6 heures du matin, certains enfants arrivent encore plus tôt , vers 5 heures,. L’heure de départ est prévue à 17 heures mais le dernier enfant quitte souvent le jardin d’enfants à 18 heures. Sans compter l’un ou l’autre qui restera pour la nuit au jardin d’enfants. Avec un accueil si matinal, le déjeuner a lieu à 10 heures. Le gouvernement a arrêté la quantité de viande, œufs et poisson que les enfants doivent manger chaque jour et fait savoir aux parents et aux éducatrices que si leurs enfants ne suivent pas ce régime, ils risquent de perdre du poids et de végéter. Au début de notre jardin d’enfants aussi, on gavait les enfants et beaucoup d’entre eux criaient d’effroi à la vue du repas. Mais maintenant, ils aiment tous les plats préparés en quantités raisonnables et seuls les plus petits doivent encore être nourris par les adultes. Une fois les tables débarrassées, les enfants se préparent pour la sieste. Ils se regroupent autour de Lan pour le jeu de marionnettes, puis on tire les rideaux. On entend encore la voix douce de l’éducatrice qui chante, puis le silence s’installe. Le temps de midi peut durer trois heures ! L’après-midi, les enfants jouent ou dessinent, font du modelage et des activités manuelles avec les éducatrices. Les parents, eux-mêmes défavorisés et n’ayant pas eu la chance de suivre une scolarité, remarquent lentement les différences entre leurs enfants et les autres. Ils notent que leurs enfants sont plus heureux, moins fatigants, plus « enfants », qu’ils peuvent jouer tout seuls… Comme ils ont montré de la curiosité et de l’intérêt pour les pratiques des éducatrices, elles ont commencé à organiser des réunions pour leur parler de la pédagogie. [Paru dans la revue de Freunde der Erziehungskunst, automne 2005 traduction Monique Jomotte] |
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