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Philippines : la pédagogie Steiner-Waldorf au service d’enfants maltraités A Manille, où la maltraitance fait partie du lot quotidien, il existe peu de structures qui viennent en aide aux enfants maltraités. Une des rares organisations présentes dans cette ville a demandé à Brigitte Kögler, éducatrice Steiner-Waldorf, de mettre en œuvre cette pédagogie auprès des enfants. Voici un extrait de son témoignage, paru dans le journal de Freunde der Erziehungskunst (printemps 2005).
Le standard téléphonique reçoit chaque jour des milliers d’appels concernant des enfants abandonnés, battus, maltraités, victimes d’abus sexuels. Le village d’enfants, composé de cinq bâtiments, héberge une centaine d’enfants. Tous ont été victimes de maltraitance. Quelques uns sont orphelins. Certains seront adoptés ou confiés à des familles, d’autres resteront dans le village d’enfants jusqu’à l’âge adulte. La journée commence à six heures du matin. Les enfants participent aux tâches quotidiennes du village. Ceux qui sont d’âge scolaire vont dans des écoles publiques d’Etat qui appliquent un programme scolaire américain. L’après-midi, de retour au village d’enfants, ils peuvent s’adonner à la peinture, aux travaux manuels, à la danse ou à la musique dans la « salle de créativité ». En juin 2003, j’entends parler de ce village d’enfants par le Dr. Michaela Glöckler, médecin et responsable de la section pédagogique au Goetheanum. J’entre en contact avec Gina Lopez. Neuf semaines plus tard, je pars pour le village d’enfants où, pendant neuf mois, je mettrai en pratique la pédagogie Waldorf. Les deux jeunes femmes que je dois former se montrent habiles et sensibles pour tous les travaux pratiques et artistiques. Le projet a commencé avec dix-sept enfants. Au début, ils sont allés à la découverte d’un monde inconnu pour eux : salle, meubles, objets. Ils sont allés partout et ont tout inspecté. Ces enfants n’étaient ni en mesure de jouer ni de s’occuper sur un temps plus ou moins long. Lorsqu’il y avait à manger, ils se jetaient dessus parce qu’ils avaient peur de ne pas avoir leur part. Je leur ai d’abord appris à s’asseoir en cercle afin de déposer, chaque matin, une noisette dans chaque petite main tendue. Depuis, les enfants s’adonnent aux jeux libres. Ils laissent s’exprimer leur créativité et utilisent dans leurs jeux morceaux de bois, paniers, ficelles et rubans. Avec les meubles, ils inventent des jeeps avec volant et sièges pour passagers, ainsi que des banka (bateaux) munis de voiles en tissus, avec lesquels ils partent pour un long voyage. Le rythme des jardins d’enfants Waldorf leur a été quelque chose de totalement étranger au départ, étant habitués à autre chose dans leurs familles. Mais il a suffi de peu de temps pour que le rythme fasse son œuvre bienfaisante. Ils savent maintenant qu’ils peuvent se fier aux personnes qui les entourent et se repérer par rapport au rythme des journées. Les peurs ont disparu. Le jardin d’enfants connaît des moments de paix, pour mon plus grand bonheur. Pour les enfants, cette année a été vraiment bénéfique. Leur esprit avait besoin d’être stimulé par des méthodes artistiques ; leur âme blessée a trouvé protection. Dans ce lieu, j’ai croisé des enfants aimants et rayonnants, amicaux, curieux, et chaleureux. Cela a été pour moi une expérience très importante et enrichissante. Les personnes avec lesquelles j’ai travaillé ont pu partager le regard que je porte sur les enfants. Ils ne sont plus seulement des bouches à nourrir ni l’oeuvre du monde des adultes, mais aussi des êtres uniques avec leurs destins particuliers et leurs pulsions individuelles : une disposition d’esprit accueillie avec étonnement et gratitude par les enfants. » |
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