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La pédagogie Steiner-Waldorf en Europe de l'Est Paru dans la revue de Freunde der Erziehungskunst, automne 2007 traduction Monique Jomotte Dans les semaines à venir, certaines écoles Steiner-Waldorf d’Europe de l’Est fêteront leur quinzième anniversaire, peut-être même davantage. Là-bas, nombreuses sont les personnes qui se sont engagées en faveur de la pédagogie Waldorf, parfois en y consacrant toute leur vie, et qui ont ainsi permis l’émergence de projets d’écoles Steiner-Waldorf dans des lieux où toute initiative citoyenne était sanctionnée par les systèmes mis en place depuis plusieurs générations. Aujourd’hui, grâce à leur enthousiasme, leur persévérance et leur art de vivre, des enfants rencontrent, dans une centaine de lieux, des enseignants qui considèrent qu’apprendre, c’est former la personnalité en respectant l’individualité de chacun. Hongrie et la République Tchèque Ils se distinguent des autres pays de cette zone à la fois par leur économie et leur environnement social plus ouvert qui permet, ou tout au moins tolère, les initiatives indépendantes du pouvoir. Des écoles Steiner-Waldorf ont pu y voir le jour sur la base d’initiatives anthroposophiques souterraines existantes. Encadrées par le système scolaire public, elles jouissent maintenant d’une certaine sécurité, quoique modeste. Dans ces deux pays, les fédérations nationales assurent de manière quasi autonome la formation initiale et continue des professeurs ainsi que la politique pédagogique du mouvement. Les fédérations et les écoles qu’elles représentent travaillent en partenariat avec les organisations internationales et les fondations occidentales pour la rénovation des bâtiments, l’aménagement des écoles, la formation des professeurs, l’approfondissement de la pédagogie Waldorf. Elles demandent des aides ciblées, mais réalisent beaucoup de choses de leurs propres forces ; elles ont aussi besoin du soutien de leurs partenaires et de leurs collègues occidentaux pour des projets économiquement plus lourds ou pour la formation des professeurs de moyennes et grandes classes. Slovénie L’école Steiner-Waldorf de Ljubljana offre elle aussi une vision d’espoir. En plein centre historique, elle organise le développement de son école et de sa formation des professeurs grâce à ses nombreux contacts de par le monde. Une antenne est en cours de création à Maribor. Slovaquie L’école Steiner-Waldorf de Bratislava s’est développée jusqu’aux moyennes classes. Grâce à une formation sur trois ans qui aboutira cet automne et réalisée en partenariat avec l’initiative de Kosice, elle espère accueillir de nouvelles recrues pour monter d’autres projets. Pologne La situation y est plus difficile. On y a vu émerger un mouvement fort de jardins d’enfants mais les quatre écoles Steiner-Waldorf existantes doivent se battre âprement pour obtenir une reconnaissance de l’Etat et de la société polonaise et ont du mal à s’imposer à cause de leur faibles effectifs. Cela s’explique tant par l’attitude soupçonneuse de l’église catholique (les bonnes relations entre l’école de Cracovie et l’église catholique sont pourtant la preuve qu’une confiance mutuelle est possible sur le plan local) que par le manque d’intérêt de la population pour la pédagogie Waldorf, intérêt que l’on n’a pas pour l’instant réussi à susciter. Roumanie Les écoles doivent faire face à un système éducatif encore très centralisateur et sévèrement règlementé. Les écoles Steiner-Waldorf doivent embaucher des professeurs qui leur sont attribués par les pouvoirs publics et le principe du professeur de classe n’est pas toujours applicable au-delà des petites classes. Ces écoles sont en outre assujetties aux règles imposées par l’Etat à partir des moyennes classes. Au cours des dernières années, de nombreux professeurs ont pu être formés à la pédagogie Steiner-Waldorf grâce à la tenacité du mouvement et en partenariat avec l’IAO*. Ainsi, la pratique pédagogique a pu être améliorée dans les moyennes et grandes classes. Les besoins en matériel scolaire restent cependant criants. A cause du manque d’expérience, de la flambée des prix et des incertitudes juridiques, et malgré la mise à disposition importante de matériel par Freunde der Erziehungskunst et par diverses fondations, la plupart des projets de rénovation et de construction ont été gérés dans des contextes d’urgence. Bulgarie Un cycle de formation initiale à la pédagogie Waldorf est arrivé à son terme. Il était organisé par Freunde der Erziehungskunst, la fondation « Helias Stichting » et l’IAO*. L’Etat s’oppose toujours à l’ouverture d’une initiative Steiner-Waldorf. Cependant, à Sofia, la mise en route d’un jardin d’enfants privé d’orientation Steiner-Waldorf a été autorisée. Moldavie Sans doute aujourd’hui le pays le plus pauvre d’Europe, l’école publique Steiner-Waldorf de Chisinau accueille 240 élèves et doit elle aussi lutter pour sa survie. Après des difficultés passagères, la neuvième classe peut de nouveau étudier selon les principes de la pédagogie Waldorf. Les professeurs participent à la formation continue dispensée en Ukraine et en Roumanie. Des collègues des écoles de Bad Nauheim et du Luxembourg accompagnent cette « école-diaspora » avec un investissement tout à fait louable. Ukraine Le développement des sept écoles Steiner-Waldorf (avec un statut mixte public/privé) se poursuit. Elles bénéficient d’un statut expérimental de douze ans qui leur impose cependant des contraintes administratives (dossiers, évaluations) et pédagogiques (élaboration de plans scolaires Waldorf particuliers à l’Ukraine). Des collègues Waldorf suisses et allemands ont organisé deux cycles de formation pour des professeurs de classe, ce qui a permis aux petites classes de bénéficier d’une pédagogie de qualité. Les professeurs Waldorf des moyennes et grandes classes, quant à eux, suivent la formation continue avec le soutien de l’IAO*. La rénovation et l’aménagement des locaux ont avancé grâce à Freunde et à d’autres fondations. Cependant, on rencontre en plusieurs endroits les mêmes difficultés qu’en Roumanie. Russie Difficile d’esquisser un bref portrait de la situation des écoles Steiner-Waldorf en Russie. Beaucoup d’écoles ont des effectifs très réduits et survivent difficilement. Les effectifs d’élèves en première classe diminuent depuis des années. Les raisons sont moins à chercher dans la nouvelle politique du pays ou dans une moindre qualité pédagogique que dans le manque d’expérience à diriger une école autonome de manière compétente d’un point de vue économique et juridique. On a également souvent vu les petites structures s’affaiblir à cause de querelles internes. Quelques écoles de plus grande dimension sont pourtant la preuve que les écoles Steiner-Waldorf peuvent aussi s’imposer en Russie en acceptant des compromis avec les objectifs éducatifs imposés par l’Etat. Ce sont surtout les partenariats avec des instituts scientifiques et des facultés de sciences de l’éducation, et donc l’ouverture du mouvement ainsi que sa participation au débat général sur l’éducation qui ont éveillé l’intérêt d’une partie de la population pour la pédagogie Steiner-Waldorf malgré le scepticisme ambiant. Nous avons mentionné au début de notre article l’investissement généreux des personnes en faveur de la pédagogie Steiner-Waldorf en Europe de l’Est ; cela vaut en particulier pour les professeurs russes. Malgré des salaires très insuffisants, ils consacrent une partie importante de leurs forces vitales au développement des écoles. Kazakhstan, Kirghizistan et Tadjikistan C’est également le cas des collègues de ces pays où les écoles Steiner-Waldorf, pionnières en la matière, réalisent un travail enthousiasmant en collaboration avec des soutiens occidentaux. Cependant, toutes connaissent les mêmes difficultés que dans les autres pays d’Europe de l’Est, qu’elles doivent résoudre seules. Pourtant, elles ont réussi à se faire accepter par la population locale et bénéficient même, pour certaines, de la bienveillance des pouvoirs publics locaux. Géorgie et Arménie Les écoles Steiner-Waldorf ont su développer, malgré de nombreux obstacles, une pédagogie de qualité adaptée à la culture locale. Lituanie, Lettonie et Estonie Ils comptent ensemble douze écoles Steiner-Waldorf (pour la plupart de petite dimension), la formation continue et l’accompagnement des écoles s’organise avec le soutien de collègues occidentaux et scandinaves. A Tartu (Estonie), une douzaine d’étudiants locaux suivent une formation sur une année qui leur apportera une base pédagogique solide. Certes, dans la zone baltique, les professeurs ont un niveau de vie très modeste, mais la formation étant considérée comme une sécurité pour l’avenir, une aide de l’Etat est possible à moyen terme. En résumé, la pédagogie Waldorf en Europe de l’Est arrive à s’épanouir sur ses propres forces au niveau des jardins d’enfants et des petites classes. A moyen terme, la formation des professeurs pour les moyennes et grandes classes ne pourra se faire sans l’aide internationale. Il en va de même pour la rénovation des bâtiments et l’aménagement des classes : le mouvement des écoles Steiner-Waldorf devra faire preuve de solidarité encore pendant longtemps. Mais quand on voit que ces écoles produisent toute une génération d’enfants remplis de joie de vivre, curieux du monde, avec un sens esthétique et social développé, on ne peut que nourrir de l’espoir pour l’avenir.
M. Michael Zech
NB : Cet article s’appuie sur les comptes rendus de représentants locaux de la pédagogie Steiner-Waldorf et de personnes missionnées depuis plusieurs années par l’IAO* et la Section pédagogique du Goetheanum pour accompagner le développement des écoles Steiner-Waldorf en Europe de l’Est *Association Internationale pour la promotion de la pédagogie Steiner-Waldorf en Europe de l’Est et Centrale
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